Manifestations du caractère archaïque
dans le champ analytique1
Des « souvenirs dans le comportement »
aux mises en scène chroniques ou aiguës
Roosevelt CASSORLA2
Brazilian Psychoanalytic Society of Campinas, Campinas, Brazil
Résumé : L’objectif de cet article est d’examiner les façons dont les aspects primitifs de l’esprit, en particulier les éléments archaïques du caractère, se manifestent dans le champ analytique. Après avoir passé en revue le concept, il est proposé qu’un caractère « normal » se manifeste à travers des souvenirs dans les comportements/ sentiments, qui recherchent l’objet pour satisfaire leurs besoins. La structure caractérielle maintient sous contrôle les inscriptions traumatiques primitives. D’autres expériences émotionnelles peuvent réactiver ces inscriptions, les détachant de leur organisation apparemment stable. De nouvelles tentatives de figer les situations traumatiques se produisent dans le champ analytique et se manifestent sous la forme d’un théâtre mimétique qui paralyse le couple analytique. Ce que l’on appelle des mises en scène chroniques s’enracinent. Un travail analytique accompli dans des domaines parallèles peut perturber ces collusions, conduisant à une mise en scène aiguë. L’accès abrupt à la triangularité ravive les situations traumatiques. La compréhension de ces situations élargit le réseau symbolique de la pensée. Le texte articule les comportements/sentiments à l’aide du concept freudien d’Agieren. Ses deux connotations – décharge et théâtre mimétique – sont discutées, leurs similitudes et différences avec les enactments sont mises en évidence. Le sentiment d’étrangeté (Unheimlich) qui l’accompagne reflète l’ambiguïté du connu (enregistré) et de l’inconnu (non symbolisé). Les idées présentées s’appuient sur la clinique. Les faits sont discutés à l’aide de vignettes cliniques détaillées.
1. Article paru sous le titre de « Manifestations of the archaic in character within the analytic field: From memories in behaviour to chronic and acute enactments ».
Int. J. Psychoanal (2024), 105 (6), 991-1008. Traduit par Fanny Glauser-Kramer, relu par Luc Magnenat.
2. N.D.T. : Nous avons appris le décès de l’auteur (1945-2024).
Hier, dans l’escalier, J’ai rencontré un homme qui n’était pas là Il n’était pas là non plus aujourd’hui J’aimerais, j’aimerais qu’il s’en aille…
W. H. Mearns, Antigonish (extrait)
À travers le rêve (nocturne ou éveillé), ou plutôt à travers la description émotionnelle du rêve, l’analyste entre en contact avec le réseau symbolique des pensées de son patient (Bion 1962, 1976 ; Meltzer 1983). Cependant, comme nous le savons, l’analyste ne va pas au-delà de l’ombilic du rêve. L’ultime frontière. Que pourrait-il y avoir au-delà? Le biologique se présente à travers les pulsions, les fantasmes primaires et les préjugés, des phénomènes qui recherchent désespérément l’objet afin que l’être puisse devenir humain. Dans cette rencontre, des expériences émotionnelles se produisent qui stimulent le développement d’un appareil capable de les transformer en images oniriques. Ces images, à leur tour, cherchent à se connecter à des symboles verbaux qui amplifient leur signification.
Les expériences émotionnelles peuvent ne pas être rêvées, c’est-à-dire symbolisées, lorsqu’elles se produisent avant la formation de l’esprit symbolique. Leurs traces mémorielles (Freud [1896] 1950) feront partie de l’inconscient non refoulé (Freud 1923), un esprit archaïque ou primitif. Comme dans l’épigraphe, elles ne sont pas là, « sur l’escalier ». Et comme il serait bon que ce qui « n’était pas là » – non lié par le symbole – ait « disparu », surtout lorsque ce qui « n’était pas là » se manifeste sous forme de hantises compulsives, sous l’égide de la pulsion de mort (Freud 1919).
Ces traces jettent les bases, les fondements de la constitution de l’esprit symbolique, les structures qui influencent la manière dont les nouvelles expériences émotionnelles sont symbolisées. D’autre part, les événements émotionnels vécus comme traumatisants peuvent détruire la capacité naissante de symbolisation. La scission défensive provoque l’expulsion de leurs résidus, par exemple à travers des conglomérats formés par des parties de l’appareil mental, constituant des objets bizarres typiques du fonctionnement psychotique (Bion 1962). Ces aspects font partie d’un spectre de manifestations qui peuvent être regroupées sous le terme de non-rêves (Barahona 2020 ; Bergstein 2022 ; Brown 2015 ; Cassorla 2005 ; Schwartz 2013). Lorsqu’ils se manifestent dans le champ analytique, ils le font par le biais de décharges et d’actions corporelles, de transformations dans l’hallucinose (Bion 1965) et de dramatisations stagnantes. Il peut s’agir de sentiments et de comportements dont l’individu n’est pas suffisamment conscient, un sujet qui sera abordé plus loin3.
3. Le rêve et le non-rêve sont les extrêmes idéaux d’un spectre de possibilités dans lequel il existe différents degrés de symbolisation/non-symbolisation
(Cassorla 2013, 2018b).
Une considération s’impose : les rêves comprennent des couches de non-rêve provenant de l’esprit primordial, des couches qui dissimulent le fondement originel, le fondement qui « n’était pas là » parce que nous n’y avons pas accès symboliquement. Le modèle du palimpseste nous aide à imaginer la superposition de couches, comme des dégradés de représentation4.
4. Toutes les pages du palimpseste communiquent entre elles et avec leurs racines communes. Par conséquent, lorsque nous interprétons un rêve, nous mobilisons également des aspects non oniriques. De même, lorsque nous symbolisons des non-rêves, nous transformons également des domaines oniriques.
Les aspects mis en évidence – déficit de symbolisation, non-rêve, pulsion de répétition, pulsion de mort, esprit primordial, inconscient non refoulé – font partie d’un ensemble qui a conduit Freud à prendre conscience que le modèle du rêve, dans sa première topique, devait se complexifier. Cela a abouti au modèle structurel, la deuxième topique, avec les instances du Moi, du Ça et du Surmoi. Ce modèle a également entraîné un changement dans la compréhension du caractère, l’un des thèmes de ce texte.
L’objectif de ce travail est de discuter de la manière dont les traces archaïques, qui peuvent faire partie du caractère, se manifestent dans le champ analytique. En même temps, il aborde les vicissitudes découlant de ces formes de manifestation dans le travail clinique.
Spéculations sur le caractère
L’étymologie du mot « caractère » suggère des marques, des sillons qui ont été fixés dans la matière. Cela établit l’hypothèse selon laquelle il existe une partie initiale du caractère qui est irréductible, une couche qui ne subirait aucune transformation. Ce caractère initial serait le noyau constant, le terreau sur lequel poussent diverses cultures (névrose, psychose, perversion, somatisations et troubles du caractère lui-même). De plus, c’est là que se développe la vie de chaque individu et d’où elle est attaquée. C’est la cellule de base d’un conglomérat formé par les dérivés pulsionnels, les produits des sublimations et des défenses du type de la formation réactionnelle, comme nous l’enseigne Freud (1905) dans les Trois Essais. Mais ce n’est pas tout, comme nous le verrons plus loin.
Nous pouvons imaginer que l’aspect supposé irréductible du caractère relie les facteurs constitutionnels et prénataux aux fantasmes inconscients des parents concernant leur bébé. Ces fantasmes, à leur tour, sont des transformations de marques des générations précédentes et incluent des expériences phylogénétiques. Je fais référence aux aspects transgénérationnels qui sont transmis par des identifications auxquelles il est impossible d’échapper. Ces traces déterminent le destin, au-delà de toute organisation névrotique, psychotique ou perverse, comme si elles étaient le corrélat psychique d’une empreinte digitale humaine, avec son langage unique, selon l’analogie proposée par Bollas (2019).
Il serait possible de donner un sens à certains aspects de ce destin. Il existerait un certain degré de liberté, associé à des expériences émotionnelles ultérieures, qui permettrait de le modifier, en lui donnant un sens rétroactif à travers le rêve. Cependant, les comportements qui se manifestent sans la participation de la pensée persistent. Ils se produisent selon certains schémas qui n’impliquent ni décharges ni compulsivité.
La proposition métapsychologique implique la constitution d’un esprit supposé « normal », même si nous savons que des pathologies intrinsèques du caractère peuvent survenir, comme l’ont montré Freud, Abraham, Reich, Fenichel et d’autres, qui ne seront pas abordés dans cette étude. Ces idées comportent des risques idéologiques et techniques. Parmi ceux-ci figure le risque de considérer comme inanalysable quelque chose qui pourrait potentiellement être rêvé par un autre analyste. Nous devons prendre en compte à cette possibilité.
Sonia – scène 1
Sonia me dit qu’elle souffre de cauchemars nocturnes. Ils sont toujours les mêmes et elle en a toujours eu. Elle traverse certains endroits jusqu’à ce qu’elle se retrouve dans un endroit sombre où elle a l’impression d’être sur le point d’être écrasée par quelque chose de très lourd qui lui tombe dessus. Elle se réveille désespérée. Lorsqu’elle est éveillée, elle éprouve la peur que quelque chose vienne du couloir vers sa chambre pour lui faire du mal. À cause de cela, elle dort avec la lumière allumée. Parfois, elle doit se lever et vérifier les pièces de la maison pour pouvoir se calmer. Il n’y a pas d’associations. Je ne vois pas chez Sonia de désir d’investigation.
Nous pouvons supposer que Sonia cherche à transformer ses expériences émotionnelles en rêves, mais les esquisses de significations générées sont ressenties comme traumatisantes. L’appareil onirique ne peut pas faire face et/ou a été attaqué, et les significations initiales ont été inversées. Incapable de rêver, Sonia se réveille. Son cauchemar sans rêve se poursuit dans l’éveil, imaginant des fantômes qui entreront dans sa chambre. En réalité, Sonia n’est ni endormie ni éveillée. La lumière cherche à la protéger de l’obscurité qui nourrit les objets bizarres et menaçants, mais elle est insuffisante pour accomplir cette tâche. Ce sont des fantômes parce qu’ils n’ont pas de signification.
La dénomination « appareil à rêver et à penser » implique les fonctions de liaison du moi, une instance qui négocie la relation entre les éléments pulsionnels provenant du ça et de la réalité externe et interne, y compris sa dérivation dans le surmoi. L’échec se révèle dans une répétition compulsive démoniaque, qui a toujours été présente, indiquant des manifestations de la pulsion de mort. Le moi écrasé perd sa fonction, et les affects pulsionnels mal représentés se déchargent par le biais d’hallucinations. L’intrusion de la pulsion emporte des parties fragmentées de l’appareil mental qui constitueront des objets persécuteurs bizarres.
En même temps, un aspect plus préservé du moi parvient à enregistrer l’écrasement qui se produit, comme un film d’horreur désespéré, le produit d’un appareil qui filme et projette simultanément. Le réalisateur du film ne peut supporter la douleur écrasante. Le film est interrompu, mais la machine – dominée par la pulsion de mort – ne cesse pas la projection, même si elle est détruite et que ses pièces sont évacuées.
Ce quasi-rêve est communiqué à l’analyste. Il révèle la catastrophe et fournit des indices énigmatiques sur la relation entre le broyeur et l’écrasé. L’analyste doit être bien informé sur les catastrophes, les effondrements et le rétablissement des survivants, conscient que l’écrasement peut également les atteindre.
L’analyste s’intéresse aux résidus de sens. Je sens que je dois valoriser l’obscurité, la toile de fond constante du non-rêve répétitif. L’obscurité est-elle l’absence d’image, un vide de représentations, ou est-elle un système sophistiqué de représentation, hautement expressif et évocateur, de quelque chose qui n’a pas de sens? Quelque chose qui est là même s’il est absent – un paradoxe qui mérite d’être maintenu. L’obscurité évoque un climat de terreur et de suspense. C’est le thème mélodique d’une fugue, qui sert de cadre à l’installation d’autres voix. Des mélodies, des affects et des mots qui décrivent et évoquent des états sensoriels et affectifs: sombre, terrifiant, lourd, écrasant, maléfique, désespéré. Des mots accompagnés d’images qui se répètent et se répètent, sans lien avec le réseau symbolique de la pensée. Le désintérêt de Sonia pour l’investigation donne l’impression que la situation s’est naturalisée. L’analyste devient intéressé à ce désintérêt.
L’analyste perçoit leur difficulté à relier les images et les affects aux symboles verbaux. Il est surpris de se sentir captivé par un rêve/flash visuel qui s’évanouit instantanément : un corps tombe sur Sonia. C’est curieux et paradoxal : les qualités secondaires de quelque chose d’absent. Nous ne voyons pas le corps dans le sourire du chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles. Ce corps existe-t-il ou non ? Nous sommes confrontés à un problème épistémologique, avec d’importantes conséquences techniques, qui accompagne la psychanalyse lorsqu’elle traite des questions de représentation et de non-représentation.
Je pense que la terreur de Sonia (oui, elle existe) a été représentée de la seule manière possible à travers le non-rêve traumatique. Les attaques contre ce signe (traumatique) ont également été représentées à travers l’obscurité. Il s’agit peut-être d’un symbole iconique (Scarfone 2013) – les rois médiévaux étaient-ils représentés dans leurs tombes par un espace vide ayant la forme de leur corps (Ginzburg 2001) ? L’effet écrasant est un signal – rappelons-nous le signal d’anxiété (Freud 1927) – qui avertit d’une fracture dans le réseau symbolique. Il se manifeste comme un indice archéologique d’un cataclysme primordial. D’autre part, le non-rêve comprend des affects puissants qui résonnent chez l’analyste.
En examinant le non-rêve traumatique, nous rencontrons plusieurs possibilités. Par exemple : celui-ci cherche à représenter des significations terrifiantes qui sont, par la suite ou simultanément, attaquées dans leur perception, et cette attaque est représentée par l’obscurité. Et/ou : une partie de l’esprit tente d’écraser une autre partie qui génère des significations accablantes pour le même esprit. Et/ou : les esquisses de signification tentent d’écraser l’esprit qui, pris de peur, tente également tente d’écraser ces mêmes significations. Et ainsi de suite. Ces aspects comprennent des condensations, des déplacements et des projections sur l’analyste, c’est-à-dire le transfert.
De manière projective, l’esprit de l’analyste est également écrasé dans sa capacité à rêver les non-rêves de Sonia, bien qu’à un autre niveau, il y ait l’espoir que cet écrasement puisse être enduré et signifié. L’analyste réparerait les parties fracturées, construisant ou reconstruisant les zones écrasées. Il nous faut réitérer que l’analyste est affecté (ce mot est lié aux affects) par ce qui se passe dans le champ analytique. Il entend des mots enveloppés d’affects et fait l’expérience d’affects qui dépassent les mots, notamment les tons, les timbres, les pauses, les rythmes, la mélodie, les gestes, les odeurs et les regards – le corps parle. Les mots ne peuvent pas exprimer pleinement les faits qui peuvent potentiellement être captés par l’intuition et la rêverie de l’analyste.
Sonia – scène 2
Pendant des mois, Sonia m’a raconté en détail un conflit avec ses sœurs au sujet d’un héritage laissé par leur père. Elle ne montrait ni colère ni haine et pensait que chacune de ses sœurs se battait pour ce qu’elle estimait juste. J’avais l’impression qu’elle essayait d’observer les faits à distance pour éviter d’entrer en contact avec ses sentiments. Son récit m’a procuré un sentiment d’étrangeté.
Peu à peu, sa capacité à rêver et à réfléchir semblait se développer, mais je n’étais pas satisfait du travail analytique. J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose d’important. À certains moments, j’étais agacé par la facilité avec laquelle Sonia acceptait mes interventions sans développer sa capacité à réfléchir. Lorsqu’elle a commencé à insister sur le fait qu’elle allait « beaucoup mieux », je ne comprenais pas comment cela avait pu se produire. Je savais que je devais continuer à observer le champ analytique.
Un jour, je termine la séance avant celle de Sonia, mais je sais qu’elle n’est pas encore arrivée car la lumière de mon bureau, qui indique l’arrivée de quelqu’un, n’est pas allumée. Je me rends néanmoins dans la salle d’attente, mais elle n’est pas là. Je retourne dans mon bureau et laisse la porte ouverte. Dix minutes passent et je me sens mal à l’aise. C’est une expérience émotionnelle, un non-rêve qui tente d’être rêvé – celui qui n’est pas là est en moi, cherchant un sens. Quinze minutes passent et, sans réfléchir, je retourne dans la salle d’attente. J’y trouve Sonia, debout, ne sachant apparemment pas quoi faire. La phrase m’échappe : « Vous êtes là?» Je ne suis pas sûr qu’elle m’ait entendu. Je me suis dit : « Que fait-elle là ? Pourquoi n’est-elle pas venue dans la pièce ? »
J’invite Sonia à entrer. Elle s’allonge et reste silencieuse. Je me sens mal à l’aise. Je lui demande si elle vient d’arriver. Elle répond qu’elle est là depuis dix minutes. Elle a vu la porte ouverte mais ne savait pas si elle pouvait entrer. Je lui dis que la porte était ouverte pour elle. Sonia répond qu’elle n’est pas entrée parce qu’elle pensait qu’elle pourrait déranger, être une nuisance.
(On a découvert plus tard que le patient précédent avait laissé la porte d’entrée ouverte, ce qui empêchait la lumière de s’allumer.) Je continue à écouter. Sonia dit que quand elle m’a vu, elle était certaine que ce n’était pas sa place, que je ne l’attendais pas, que ce n’était pas son rendez-vous.
À ce moment-là, et plus tard, je me suis rendu compte de certains faits que j’avais observés depuis le premier entretien, auxquels je n’avais pas accordé beaucoup d’importance. Sonia se présentait comme une personne élégante et discrète. Ses gestes étaient prudents et délicats. Ses vêtements et son maquillage reflétaient ces caractéristiques. Son sourire et sa voix étaient agréables. C’était une personne bien élevée et amicale. Quelqu’un avec qui on se sent civilisé : une Lady. Devant elle, le côté gentleman de l’analyste était renforcé. Lorsque celui-ci ouvrit la porte, Sonia attendit sur le seuil et le regarda. L’analyste l’invita à entrer d’un geste accueillant. Elle le remercia avec un sourire et entra doucement. L’analyste attendit qu’elle fasse les cinq pas qui la séparaient du divan. Elle s’arrêta et se tourna vers l’analyste. Celui-ci, galamment, l’invita à s’allonger. Elle sourit et s’allongea délicatement. L’analyste s’assit alors derrière le divan.
Par la suite, il est apparu que Lady Sonia et son analyste gentleman étaient engagés – dans un certain domaine – dans une double collusion d’idéalisation mutuelle. Le caractère de Sonia se manifestait par sa gentillesse, sa délicatesse, sa politesse et son efficacité. Ces caractéristiques incitaient l’analyste à se comporter de manière complémentaire.
L’épisode décrit a dissout la double collusion entre la patiente et l’analyste. Aujourd’hui, Sonia se présente comme une personne diminuée, une nuisance, incapable d’inspirer l’admiration et l’amour. Une figure de Cendrillon. Nous sommes confrontés à une souffrance (cachée) absurde qui se répète sans cesse, mais qui est masquée par
des défenses (délicatesse, politesse) qui se répètent également. Sonia ne peut pas rêver ces aspects. Elle est à peine consciente de son comportement. L’analyste, quant à lui, a transformé sa galanterie en irritation et peut-être en manque de politesse.
Plus haut, j’ai considéré le caractère comme quelque chose de si naturel que la personne n’est pas consciente de son existence. Nous n’avons aucun moyen de savoir à quel point nous sommes proches du noyau irréductible du caractère proposé précédemment. Il est possible que nous n’en soyons pas loin, mais il sera important de poursuivre l’observation.
Revenons au non-rêve traumatique. Pouvons-nous imaginer la Dame tomber sur Cendrillon et l’écraser, ou l’inverse ? Qu’elle tombe sur l’analyste et écrase sa capacité de perception? Qu’elle écrase son propre potentiel dans la salle d’attente ? Qu’elle soit écrasée par l’absence de l’analyste dans la salle d’attente ? Qu’ils soient tous deux écrasés dans leur capacité à rêver lors de la collusion de l’idéalisation mutuelle ? Tout cela à la fois ? En d’autres termes, le non-rêve traumatique était déjà présent dans le champ analytique, reflétant à la fois les traumatismes et les défenses contre ceux-ci. Je pense que ce non-rêve s’est constitué dans une tentative ratée de se rendre dans un endroit où il serait possible de rêver. Cette tentative/ce cauchemar a-t-il toujours existé ?
La collusion s’est défaite à travers les scènes suivantes : 1) Sonia n’entre pas dans le cabinet de consultation (nous verrons plus tard qu’elle voulait qu’on vienne la chercher) ; 2) l’analyste, inquiet, va la chercher; 3) il est surpris : « Vous êtes là ? » ;
4) l’analyste se sent mal à l’aise ; 5) Sonia exprime son sentiment de dévalorisation. L’idéalisation mutuelle prend fin. La collusion pourrait facilement reprendre : il suffirait que Sonia et l’analyste s’excusent l’un auprès de l’autre pour que l’idylle continue. Il devient évident que la double collusion protégeait le couple de la perception de la réalité triangulaire, vécue comme traumatisante, car cette partie de l’esprit n’avait pas la capacité de la représenter5.
5. Cette incapacité fait que l’objet est perçu comme un bouclier protecteur dont il est impossible de se séparer.
Premières hypothèses
D’autre part, tout est prêt pour que la collusion de l’idéalisation mutuelle se transforme en une collusion de ressentiment mutuel, avec des accusations et des sentiments de culpabilité liés aux malentendus. Les situations de ce type montrent une oscillation entre des aspects « peau mince » (idéalisation mutuelle) et des aspects «peau épaisse» (accusations mutuelles). Dans les deux situations, la double relation se poursuivrait (Cassorla 2008, 2012).
Il est important de considérer que la perception des collusions doubles décrites ici ne se produit qu’a posteriori, ou après coup (Nachträglichkeit), c’est-à-dire après que la double collusion ait été dénouée. Il sera essentiel que le couple analytique réfléchisse attentivement à ce qui s’est passé afin que les événements puissent être signifiés, transformés en rêves et en pensées.
Dans le matériel clinique, j’ai qualifié le comportement distingué de Sonia de manifestation de son caractère. Nous aurions affaire à une forme de structuration psychique qui détermine la « manière d’être » de la personne, au-delà des symptômes ou des comportements qui reflètent des troubles du caractère ou de la personnalité. Comme il s’agit d’un élément ego-syntonique, c’est-à-dire d’une structuration du moi qui reste raisonnablement équilibré par rapport aux autres instances, il passerait inaperçu tant pour l’individu que pour l’objet. Cependant, maintenant que nous connaissons mieux Sonia, nous pouvons supposer l’existence de traces qui se cachent dans cette « manière d’être », au-delà de ce que nous imaginons être son caractère initial.
Comme nous l’avons vu dans la vignette initiale, l’appareil onirique de Sonia ne disposerait pas des conditions suffisantes pour transformer certaines expériences émotionnelles en rêves et en pensées. Nous sommes confrontés à l’idée de traumatisme, dont l’origine remonte à une déficience dans la constitution de l’appareil mental et/ou à des stimuli excessifs provenant de la réalité. Ce qui n’est pas suffisamment symbolisé se répète (Freud 1914, 1937), incitant les rêveurs à rêver tandis que la pulsion de mort attaque simultanément cette possibilité (Freud 1920)6.
6. Des idées contemporaines sur le traumatisme se trouvent dans Bokanowski (2005).
Nous pouvons supposer que ces manifestations révèlent des traits traumatiques qui n’ont pas pu se connecter suffisamment à la partie stable du caractère. Dans le modèle d’un palimpseste proposé ci-dessus, leurs traces se trouvent sur les couches adjacentes au caractère, mais elles sont fragmentées et peuvent donc perdre leur lien avec le reste.
De fait, Sonia nous parle de sa non-implication dans la question de l’héritage laissé par ses parents. Comme déjà mentionné, l’analyste perçoit une certaine étrangeté dans sa conformité. Nous pouvons supposer que Sonia se défendait contre la perception de situations vécues comme traumatisantes, encore inconnues, en les recouvrant de couches de « générosité » qui agaçaient l’analyste, même si ses sentiments n’étaient pas clairs.
Enfin, lorsque Sonia et son analyste ne se rencontrent pas dans la salle d’attente, il devient évident que la collusion de l’idéalisation mutuelle se défait. Les rituels de politesse entre la patiente et son analyste sont rompus. À ce moment-là, la conscience de l’impuissance (la figure de Cendrillon) « tombe », de manière traumatique, sur les deux membres du couple analytique. Nous avons affaire à quelqu’un qui estime ne pas avoir le droit d’exister. Nous sommes confrontés à quelque chose qui s’apparente à une terreur de l’anéantissement.
De cette manière, nous constatons que le caractère de Sonia, sa « manière d’être », comprenait des formations réactives qui dissimulaient des zones traumatiques dans sa structure. La manifestation de cette structure dans le champ analytique indique que nous sommes au-delà du noyau supposé irréductible du caractère, car ces traits – insuffisamment liés à la structure – recherchent un analyste pour leur donner un sens.
Revenons à la question du caractère
Notre observation nous amène à supposer que Sonia se comportait comme une « personne de caractère », c’est-à-dire quelqu’un qui se présentait de manière cohérente et authentique. Nous pourrions également utiliser le terme de « personne entière », qui signifie complète, ce qui contrasterait avec un « mauvais caractère » ou un « manque de caractère ».
Comme nous le verrons plus loin, les premières identifications – qui constituent le caractère initial – suivent le modèle cannibale : « Je suis ce que j’ingère ». Nous pouvons développer cette idée en considérant le fantasme d’entrer dans l’objet, c’est-à-dire « je mange et je suis mangé », ce qui me rend égal à l’objet originaire. Les débuts de l’esprit d’un bébé proviendraient de ce type d’identification. Le modèle de l’empreinte en éthologie devient productif dans ce contexte.
Les idées sur le caractère, bien que non systématisées, apparaissent à divers moments dans l’œuvre de Freud (Baudry 1983). Une définition se trouve dans les Trois essais (Freud 1905) :
Ce que nous appelons le « caractère » d’une personne est constitué dans une large mesure de matériel provenant d’excitation sexuelle et se compose d’instincts fixés depuis l’enfance, de constructions réalisées par sublimation et d’autres constructions utilisées pour contrôler efficacement les pulsions perverses reconnues comme inutilisables. (238-239)
La « normalité » du caractère ou sa perturbation dépendra de la perception interne et/ou de l’environnement. Freud utilise également le terme « sain » :
L’activité sexuelle infantile peut [...] laisser des impressions (inconscientes) profondes dans la mémoire du sujet, déterminer le développement de son caractère, s’il reste en bonne santé, et la symptomatologie de sa névrose, s’il tombe malade après la puberté. (189, italiques dans l’original)
Dans les travaux de Freud antérieurs à la deuxième topique, le caractère est défini sur la base de la transformation des pulsions en traits de caractère
sans déformation significative de leur objet ou de leur finalité (comme la gloutonnerie qui suit directement la gourmandise orale du nourrisson) ; d’autres traits de caractère constituent une sublimation de la pulsionnalité instinctuelle, en substituant à sa source, à son objet et à son but des éléments plus évolués (ainsi, la gloutonnerie peut être remplacée par une « soif » de connaissances); et d’autres enfin se constituent comme des formations réactionnelles contre des pulsions (comme la propreté – un certain type de propreté – contre le désir de salir).
(Baranger 1956, 2, traduction par le traducteur en anglais)
Les descriptions des traits de caractère associés aux phases libidinales sont classiques (Abraham [[1965] 1927]). Nous devons nous méfier du réductionnisme inhérent à ces classifications, qui peut obscurcir la complexité des faits, comme nous l’ont averti Meltzer (1973) et Abraham lui-même.
Avec l’avènement de la deuxième topique, la primauté des pulsions est abandonnée au profit des mécanismes de défense utilisés par le moi :
Ces mécanismes ne sont pas abandonnés après avoir aidé le Moi pendant les années difficiles de son développement. Bien sûr, aucun individu n’utilise tous les mécanismes de défense possibles. Chaque personne n’en utilise qu’une sélection. Mais ceux-ci deviennent fixés dans son Moi. Ils deviennent des modes de réaction réguliers de son caractère, qui se répètent tout au long de sa vie chaque fois qu’une situation similaire à celle d’origine se présente. (Freud 1937, 237)
Dans Le Moi et le Ça, Freud (1923) introduit l’idée d’un inconscient non refoulé :
« Une partie du Moi aussi – et Dieu sait combien elle est importante – peut être Ics » (18). Ici, le caractère se trouve aux côtés d’autres questions que « seul Dieu connaît ». La référence divine nous ouvre à l’idée d’infini, une inconnue impossible à atteindre.
Dans ce texte, en utilisant le modèle de la mélancolie, Freud propose que le caractère du moi soit un précipité d’investissements dans des objets abandonnés qui contiennent l’histoire de ces choix d’objets. Comme nous l’avons vu, dans la phase orale primitive, l’investissement dans l’objet est confondu avec l’identification. Les peuples primitifs acquièrent les caractéristiques de l’animal incorporé comme nourriture, qui persistent dans le caractère de ceux qui le dévorent. C’est l’origine du repas totémique, une spéculation qui indique la prise en charge du caractère du père défunt. Ainsi, le caractère se forme avant l’abandon de l’objet : « l’altération du caractère a pu survivre à la relation d’objet et, dans un certain sens, la conserver » (30).
Les identifications à des objets idéalisés – y compris le père issu de la préhistoire personnelle - seront également directes et immédiates. La phylogénie entre ici en jeu, en référence à l’héritage archaïque de l’individu tel que spéculé dans Totem et tabou (1912) de Freud. Il en résulte les limites éthiques du complexe d’Œdipe et le dépassement de la rivalité entre frères, sœurs et pairs. Les identifications aux
parents complètent cette identification primaire, tout comme d’autres identifications ultérieures.
Rappelons que le surmoi n’est pas seulement un résidu des premiers choix d’objets, mais aussi une formation qui y réagit. En plus d’« être comme le père », il existe des interdictions et des aspects qui lui sont exclusivement réservés. C’est sur cette base que les caractéristiques de la culture seront également ancrées.
Freud (1923) revient sur la question de l’hérédité :
Les expériences du moi semblent à première vue perdues pour l’hérédité ; mais, lorsqu’elles ont été répétées assez souvent et avec une force suffisante chez de nombreux individus de générations successives, elles se transforment, pour ainsi dire, en expériences du ça, dont les impressions sont préservées par l’hérédité. Ainsi, le ça, qui est susceptible d’être hérité, abrite les résidus de l’existence d’innombrables moi ; et lorsque le moi forme son surmoi à partir du ça, il ne fait peut-être que faire revivre les formes des anciens moi et les ramener à la vie. (38)
Nous savons que Freud a été critiqué pour cette vision prétendument lamarckienne. Cependant, les découvertes récentes sur l’épigénèse (l’hérédité des traits acquis au cours de la vie) concordent avec ses hypothèses. Ici, donc, les caractéristiques acquises par des expériences environnementales successives entrent en jeu, s’intégrant aux aspects transgénérationnels.
Rappelons qu’en abandonnant l’objet, la libido objectale se transforme en libido narcissique désexualisée, qui constituera la base des sublimations. À ce stade, nous identifions déjà des aspects importants du caractère : identifications initiales, form tions réactives et sublimations, auxquels nous devons maintenant ajouter d’autres mécanismes de défense du moi.
Green (2008) propose que nous devrions à nouveau considérer le caractère comme le modèle clinique fondamental :
Le grand intérêt d’un tel modèle est qu’il peut être compris comme un effet combiné de différentes parties de l’appareil psychique. La référence aux pulsions renvoie au ça, soulignant la « nature partielle » des fixations instinctuelles. L’implication du moi est présente dans la tendance à l’unification et dans l’orientation vers la sublimation. Quant au surmoi, son impact est double : à un niveau élémentaire, via la référence aux formations réactionnelles ; et, à un niveau plus général, en s’appuyant sur le rôle des mécanismes d’identification et, dans ce dernier cas, d’identification au surmoi des parents. Ainsi, à partir d’une simple notion, toute la complexité et l’hétérogénéité de l’appareil psychique voit ces processus prendre forme en ce qui apparaît comme une marque d’individualité. Il faudrait bien sûr prendre en considération le rôle joué par l’idéologie d’une certaine culture – le surmoi culturel – dans l’encouragement ou la réprobation de certains traits de caractère. (145-146)
En ce qui concerne ce dernier aspect, revenons à Freud (1933) :
Plus la genèse d’angoisse peut être limitée à un simple signal, plus le moi consacre d’énergie à des actions de défense qui équivalent à la fixation psychique de l’impulsion refoulée, et plus le processus se rapproche d’un traitement normal de celle-ci, sans toutefois l’atteindre. [...] Vous avez sans doute vous-mêmes supposé que ce qu’on appelle le « caractère », chose si difficile à définir, doit être attribué entièrement au moi. Nous avons déjà un peu cerné ce qui crée le caractère. Il y a tout d’abord l’incorporation de l’ancienne instance parentale en tant que surmoi, qui en est sans doute la partie la plus importante et la plus décisive, puis l’identification aux deux parents de la période ultérieure et à d’autres figures influentes, ainsi que des identifications similaires formées comme précipités de relations d’objet abandonnées. Nous pouvons maintenant ajouter comme contributions à la construction du caractère, qui ne sont jamais absentes, les formations réactionnelles que le moi acquiert, d’abord en effectuant ses refoulements, puis, par une méthode plus normale, lorsqu’il rejette les pulsions indésirables. (90-91)
Sonia, encore
Revenons à la situation clinique pendant la double collusion de courtoisies entre les membres du couple analytique. Il s’agit d’une sorte de théâtre mimétique répétitif et statique. Cela ressemble à des rêves traumatiques, à la différence près qu’il n’y a pas d’anxiété manifeste. Curieusement, l’analyste n’est pas suffisamment conscient du rituel, même s’il y participe. Ces collusions ont été qualifiées de « non-rêves à deux » ou de « mises en actes chroniques » (Cassorla 2001, 2018b). Pourtant, alors que celles-ci se produisaient, l’analyste croyait que la fonction analytique était préservée. Cette stupidité (Cassorla 2013), résultant du recrutement massif par des identifications projectives, empêche l’analyste de se rendre compte qu’il a affaire à de faux rêves (Cassorla 2008).
Au départ, je considérais que la mise en scène chronique incluait les non-rêves déchargés (Cassorla 2001, 2005). Plus tard, j’ai commencé à envisager la présence de représentations impliquant un autre type de symbolisation : des signes dans des sentiments et des théâtralisations muettes, des représentations dans des comportements. Il s’agit de symboles non verbaux qui recherchent des formes symboliques plus développées, telles que des images et des mots7. Sapisochin (2013, 2019) propose le terme « gestes psychiques » pour désigner la manifestation de ces registres dans le champ analytique8.
7. Scarfone (2013) montre un continuum entre les présentations de l’esprit primordial et la manière dont elles sont représentées dans l’esprit symbolique. Cette description correspond aux idées du spectre nonrêve ↔ rêve. Les vicissitudes du processus de symbolisation ont été étudiées par de nombreux auteurs ; certaines se trouvent dans des ouvrages édités par Rose (2007) et par Levine, Reed et Scarfone (2013).
8. Cet auteur postule que ces enregistrements sont marqués dans l’esprit de l’enfant sous forme d’images. Cependant, il note que « ce type d’enregistrement des émotions [...] relie le sujet aux autres » (2019, 888). Je pense que ces émotions sont transformées en images grâce au travail analytique.
La mise en scène chronique est brusquement interrompue lorsque Sonia ne se sent pas la bienvenue dans le cabinet de son analyste. Le sentiment de « Cendrillon » démontre que la patiente et l’analyste sont des individus distincts. Cette entrée traumatisante dans une tiercéité est ici désignée comme une mise en scène aiguë. Elle implique des décharges, des non-rêves rêvés (symbolisés) et des rêves redevenant des non-rêves. Si la réalité triangulaire n’est pas supportée, les rêves redeviendront des non-rêves, reprenant la mise en scène chronique. Comme indiqué précédemment, la mise en scène chronique pourrait finir par se poursuivre avec des signes inversés : l’idéalisation mutuelle se transforme en ressentiment mutuel9.
9. L’expression « mise en acte » est couramment utilisée dans le langage courant pour désigner une représentation théâtrale. Il en va de même dans les textes psychanalytiques, par exemple chez Greenacre (1950), où le terme est utilisé de manière descriptive. D’autre part, les notions de mise en acte chronique et de mise en acte aigüe proposent des concepts qui désignent des configurations émotionnelles impliquant les deux membres du couple analytique, dont la manifestation serait inévitable. De ce fait, le terme inclut sa connotation juridique (mise en œuvre en tant que décret ou promulgation, en portugais). Une revue clinique et métapsychologique du concept peut être trouvée dans l’entrée « Mise en œuvre » du Dictionnaire encyclopédique interrégional de psychanalyse de l’IPA et dans les textes de Bohleber et al. (2013), Corbella (2021) et Sapisochin (2019).
Comme nous le verrons ci-dessous, après avoir compris les mises en actes aigues, la capacité analytique est restaurée et les épisodes sont signifiés. Une fois la relation triangulaire maintenue, le couple analytique entre en contact avec d’autres événements traumatiques résultant de la discrimination entre le soi et l’objet. La transformation de ces zones de répétition en rêves élargit le réseau symbolique. La signification fait émerger des souvenirs qui, à leur tour, sont resignifiés. En même temps, les constructions (Freud 1937) reconstruisent les zones où il n’y a pas de souvenirs.
Sonia – scène 3
Après l’épisode décrit comme une mise en scène aiguë, le processus, qui était auparavant au point mort, est relancé. Le cauchemar raconté lors des premières séances, qui avait disparu, revient, mais avec des caractéristiques différentes qui montrent comment le réseau symbolique s’étend.
Le décor est le même. Il fait sombre, et quelque chose tombe sur Sonia, quelque chose qui va l’écraser. Peu à peu, une esquisse d’image commence à se former, et au cours d’une séance, elle est nommée : « Cela ressemblait à un… alto… un piano ?... peut-être un violoncelle. »
Les associations ramènent Sonia à son enfance, lorsqu’elle apprenait le piano. Elle ne se souvient pas bien de cette période, mais elle savait lire les partitions et jouait des morceaux classiques. Aujourd’hui, elle ne se souvient plus de rien, pas même comment lire une note. Elle est certaine qu’elle était une excellente élève et que sa professeure, Violeta, était stricte et l’appréciait pour son dévouement et son sérieux. Peu à peu, nous comprenons que l’image du piano, condensée sous la forme de l’alto (de Violeta), symbolise la responsabilité, l’efficacité et la rigidité. Ce sont des faits qui l’ont traumatisée, en l’écrasant. Ces découvertes (rêves pour deux) amènent Sonia à se souvenir que, lorsqu’elle avait 4 ans, elle faisait semblant de savoir lire en répétant ce que les adultes lui lisaient dans les livres pour enfants. Elle gagnait ainsi leur admiration. Un soir, alors qu’il faisait déjà nuit, son père est rentré du travail avec un livre pour enfants. Il s’est assis à côté d’elle et lui a demandé de lire. Sonia était terrifiée. Elle a pleuré désespérément et a couru vers sa mère. Sonia me raconte avec émotion : « C’était la mort, c’était perdre l’amour de mon père. »
Après la séance, Sonia partage ce souvenir avec sa mère. Sa mère, surprise, confirme que l’épisode a bien eu lieu, mais pas de cette manière. Les adultes de la maison savaient que Sonia ne savait pas vraiment lire et considéraient ses démonstrations comme un jeu. En effet, son père avait acheté un livre, mais ce n’était pas un livre d’histoires, c’était un livre de coloriage. Personne ne comprenait pourquoi elle était si bouleversée, mais sa mère a supposé que Sonia avait été effrayée par une attente de son père et lui a dit : « Ton père t’aime beaucoup. »
Il est donc vérifié que Sonia extériorisait dans le champ analytique (et dans la vie) une collusion de persécution et de séduction mutuelles avec l’image intériorisée de son père. Cette situation a été élargie au cours de l’analyse pour inclure des fantasmes sur la scène primitive, qui était également idéalisée et écrasante. Ces incidents remémorés se sont superposés à d’autres inscriptions primordiales antérieures d’incidents transgénérationnels dont il était impossible de se souvenir. Néanmoins, le couple analytique a retrouvé des faits liés à ses grands-parents maternels, qui étaient musiciens. Il y avait aussi un ancêtre écrivain, une idole dans la famille, dont le père se faisait le miroir. Le couple analytique a fait des reconstructions hypothétiques qui ont élargi le réseau symbolique. Je suis toutefois conscient que je dois faire attention à identifier toute contrainte à être d’accord, une manière séduisante pour Sonia de reprendre des traits caractériels mimétiques.
Le déroulement de l’analyse de Sonia a révélé d’autres traumatismes. Je sélectionne quelques épisodes récupérés à partir de zones de mémoire et de zones jamais remémorées. Sa mère avait subi un avortement avant la naissance de Sonia et se sentait coupable et menacée de perdre Sonia pendant la nouvelle grossesse. Son jeune frère était constamment malade et, progressivement, nous avons vu que Sonia devait développer des ressources pour prendre soin de sa propre mère, renforçant ainsi les caractéristiques de sympathie et d’efficacité déjà présentes.
Beaucoup plus tard, Sonia m’a confié qu’entre quatre et six ans, elle était excitée par les caresses d’un voisin. Le sentiment d’exister la poussait à le rechercher de manière compulsive. À l’adolescence, elle a pris conscience du contenu sexuel, mais n’a pas eu le courage d’en parler à qui que ce soit. Le rêve traumatique dans lequel quelque chose lui tombait dessus comprenait ces aspects, le violoncelle représentant une masculinité excitante et dangereuse. La mise en scène chronique avait également une composante érotique. La phrase « Tu es là ? » lui rappelait ce que son voisin disait lorsqu’elle arrivait, et, anxieuse, elle devait attendre qu’il soit libre pour elle. Ce n’est qu’alors que la rêverie de l’analyste (au sujet d’un homme qui lui tombait dessus) a pris tout son sens pour lui. Les événements décrits sont apparus comme des associations avec des événements qui se produisaient dans le champ analytique.
Reprise de la discussion
Les idées pionnières concernant les aspects non symbolisés sont présentées dans le texte classique de Freud (1914), dans lequel il décrit la répétition dans le comportement (Agieren) de quelque chose que le patient ne parvient pas à se rappeler, sans être conscient de l’incident.
Il est important de revenir sur le concept d’Agieren (Cassorla 2005, 2018b ; Corbella 2021 ; Krakov 2023). Sa traduction en anglais par « acting-out » a déplacé sa compréhension vers des explosions impulsives, plus ou moins ponctuelles, généralement avec des connotations auto ou hétéroagressives, qui interrompent le flux du transfert (Laplanche et Pontalis, 1974). Le passage à l’acte était considéré comme un obstacle à l’analyse, quelque chose de malvenu, puisque l’objectif du traitement était le souvenir. Le terme a fini par être utilisé pour désigner les personnalités impulsives et sociopathiques.
Cependant, lorsque Freud (1914) nous dit, par exemple, que le patient ne se souvient pas avoir eu honte de ses activités sexuelles mais se comporte comme quelqu’un qui a honte devant son analyste, nous devons réaliser que nous avons affaire à une situation plus complexe qu’une simple décharge émotionnelle. En fait, le comportement du patient se manifeste comme une sorte de théâtre mimétique dans lequel il perçoit à peine ses sentiments de honte et ne sait rien de leur origine. Dans ces scènes, comme nous le montre Freud, l’analyste peut accéder à certains événements, mais il y en a d’autres qui ne seront jamais rappelés parce que leurs traces sont antérieures à la symbolisation. Parmi ceux-ci figurent ceux qui ont façonné le caractère. Comme nous le savons, dans ces situations, l’analyste élabore des constructions hypothétiques sur les situations de la petite enfance du patient (Freud 1937), en lien avec des incidents survenant dans le champ analytique à ce moment-là (Cassorla 2023). Comme nous l’avons vu, cette manifestation théâtrale implique des formes symboliques qui précèdent la symbolisation verbale.
Dans le texte de 1914, Freud utilise le terme de compulsion à répéter, indiquant – dans le langage contemporain – la recherche d’un objet qui développe la capacité de penser. Comme nous le savons, Freud (1920) reprend plus tard ce concept pour rendre compte de situations traumatiques au-delà du principe de plaisir, ouvrant la voie à sa spéculation sur la pulsion de mort. La répétition est donc double : d’une part, elle recherche une relation symbolique avec l’objet, et d’autre part, elle attaque le lien, maintenant le statu quo qui, de cette manière, se manifeste comme une répétition sans résolution.
Klein (1957), lorsqu’elle fait référence au début du fonctionnement mental, décrit des « souvenirs dans les sentiments », en les qualifiant de reviviscence d’émotions et de fantasmes préverbaux dans la situation de transfert. Ceux-ci sont souvent sousjacents aux souvenirs-écrans (Klein 1961).
Mancia (2006) démontre l’existence d’une mémoire émotionnelle et affective, qui concerne les expériences émotionnelles, ainsi que les fantasmes et les défenses liés aux premières relations de l’enfant. Cela inclut les expériences du fœtus pendant la dernière période de la gestation. Les rythmes et la musicalité de la voix de la mère servent de stimuli autour desquels s’organisent les premières représentations du bébé. Les expériences sensori-motrices du fœtus peuvent être mémorisées.
La convergence entre ces auteurs et d’autres qui étudient le développement précoce est évidente. Freud met l’accent sur les comportements, Klein attire l’attention sur les sentiments et Mancia se concentre sur les expériences sensori-motrices. Je pense que tous trois font référence à des registres initiaux qui font partie d’un spectre de possibilités, allant de la « normalité » au fonctionnement pathologique10. Notre étude montre que le caractère « normal » se manifeste dans le champ analytique à travers des comportements/sentiments qui communiquent des états mentaux à l’objet avec lequel un lien est recherché. L’individu répète des aspects de son développement approprié dans le but de survivre (Gaddini 1982 ; Kumin 1996). Cette supposée « normalité » est recouverte par des enregistrements de situations plus ou moins traumatiques. Celles-ci peuvent rester contrôlées grâce à des connexions avec une organisation caractérielle stable. Cependant, elles peuvent être déstabilisées par des expériences émotionnelles ultérieures. Lorsque cela se produit, nous sommes confrontés à des troubles occasionnels du caractère, comme on le voit dans la situation clinique décrite. Les situations vécues comme des traumatismes intenses se révéleront être des organisations pathologiques du caractère, dont la manifestation sera influencée par le caractère initial.
10. D’autres auteurs qui approfondissent ces questions peuvent être trouvés dans « Inconscient et neurosciences » dans le Dictionnaire encyclopédique interrégional de psychanalyse.
Pour en revenir à Sonia, nous notons que son organisation caractérielle semblait stable. Cependant, le malaise de l’analyste reflétait la présence d’aspects défensifs. Par la suite, le désalignement entre les membres du couple analytique – vécu comme traumatisant – a révélé l’instabilité de son organisation.
En résumé, des schémas caractériels plus ou moins « normaux » incitent l’analyste à s’y adapter, comme une mère s’adapte aux gestes spontanés de son bébé (Winnicott 1971). Cependant, cette adaptation n’est pas sans conséquences. La relation intersubjective favorisera de nouvelles expériences émotionnelles qui pourront être intégrées dans le réseau symbolique de la pensée. Comme nous l’avons vu, certains aspects caractériels qui masquent des situations traumatiques peuvent se détacher de l’organisation du caractère, cherchant à se décharger et à se redéfinir, en se souvenant avec Freud ([1896] 1950) que « le matériel présent sous forme de traces mnésiques est soumis de temps à autre à un ré-arrangement en fonction de nouvelles circonstances – à une re-transcription » (233, italiques dans l’original).
À ce stade, il convient de revenir sur les controverses entourant le terme Agieren. Les notions de mise en acte chronique et de mise en acte aigüe peuvent nous aider à distinguer les deux significations à travers lesquelles il est compris.
Étant donné que la mise en acte chronique se manifeste à travers un théâtre mimétique, sa description correspond à l’une des significations du terme Agieren. La différence réside dans le fait que dans la mise en acte chronique, les deux membres du couple analytique participent, ce qui n’est pas le cas dans l’Agieren. De plus, dans la mise en acte chronique, les situations traumatiques restent figées et des identifications projectives massives nous empêchent de comprendre ce qui se passe (Cassorla 2008, 2018a, 2018b).
L’autre signification de Agieren, en tant que décharge, s’apparente à ce qui se produit dans la mise en scène aiguë, c’est-à-dire lorsque la mise en scène chronique est démantelée et que l’accès à la triangulaire est atteint. Cependant, nos études ont montré qu’il ne s’agit pas seulement de décharges, mais d’un mélange qui comprend également d’autres aspects du spectre rêve ↔ non-rêve, comme nous l’avons vu ci-dessus.
Les sentiments d’étrangeté (Unheimlich) (Freud 1919), qui sont apparus pendant que les mises en actes se manifestaient, indiquent que nous étions entrés en contact avec quelque chose à la fois familier et inconnu (comme dans l’épigraphe de ce texte). Le familier est enregistré dans l’inconscient non refoulé, mais n’est pas symbolisé, et apparaît donc comme inconnu/connu (Cassorla 2020). L’ambiguïté (Heimlich/Unheimlich) est similaire à ce qui se passe dans le film Le jour où je ne suis pas né (titre original allemand Das Lied in mir) lorsque, étrangement, le personnage qui ne parle pas espagnol se met à fredonner une chanson dans cette langue après l’avoir entendue à l’aéroport. Elle avait été enregistrée tôt dans sa vie, avant d’être enlevée à ses parents par la dictature argentine et adoptée par une famille allemande. Elle connaissait/ne connaissait pas la chanson. Ses souvenirs enfouis ont été réactivés par cette émotion contradictoire. Le modèle de mise en œuvre aiguë peut être appliqué ici, bien que sous une forme restreinte.
Relations contractuelles et caractère
Avant de conclure, il est nécessaire d’aborder la question des comportements imitatifs et adaptatifs, basés sur la pratique et le mimétisme, qui sont parfois utilisés de manière hypocrite pour supporter les vicissitudes des interactions sociales. Dans quelle mesure le comportement « distingué » de Sonia (et le comportement « gentleman » de son analyste) dépasserait-il les identifications primitives et ne serait-il pas le produit d’identifications acquises plus tard à partir d’expériences sociales ?
Ces identifications s’enracineraient dans le terrain rendu fertile par les aspects superegoïques du sol primordial.
Cela ouvre un champ d’investigation qui sera bénéfique pour chaque processus analytique particulier. Meltzer (1986) décrit les relations contractuelles, qui révèlent une adaptation bidimensionnelle, par opposition aux relations intimes. Dans ces dernières, les expériences émotionnelles sont rêvées et pensées, favorisant le développement du réseau symbolique de la pensée.
D’autre part, les manœuvres sociales n’empêchent pas le développement de liens intimes dans d’autres domaines, qui servent de protection transitoire contre l’inconnu traumatisant que suppose le contact avec l’altérité, l’autre distingué du soi. Winnicott (1965) nous rappelle que le vrai soi a un aspect soumis qui reflète la capacité du bébé. Les bonnes manières sociales et la capacité à se réconcilier sont des acquis du vrai soi. Cependant, lorsque les comportements adaptatifs prédominent, nous sommes confrontés à des armures caractérielles.
Nous pouvons supposer que chez Sonia, les traumatismes primordiaux ont été suivis d’autres traumatismes. Les angoisses d’impuissance se révèlent à travers des comportements de type Cendrillon. De manière réactionnelle, ceux-ci se transforment en Dame. Ces configurations se construisaient à travers des séquences de nouvelles expériences émotionnelles. C’est pourquoi nous avons identifié différents domaines. Dans le domaine du rêve, Sonia peut rêver de situations menaçantes, se réveiller, raconter le rêve à son analyste et lui donner un sens. Dans les domaines non oniriques, comme le cauchemar écrasant, Sonia encourage son analyste à l’aider à rêver. Et les domaines qui se manifestent dans les comportements/sentiments, avec son analyste, réactivent des facettes de son caractère et des domaines adjacents. La relation intime avec l’analyste permet leur re-signification.
En résumé, dans notre modèle, l’esprit est constitué d’un « lieu/temps » mystérieux d’où proviennent les éléments qui formeront le génétique. Ceux-ci deviendront
plus complexes avec la constitution, imprégnée de pulsions et d’identifications transgénérationnelles, qui à son tour interagira avec les objets initiaux au fur et à mesure de la constitution de l’appareil psychique. Cette interaction sera donc conditionnée par ces enregistrements primordiaux. Le chemin inverse peut également se produire : les expériences d’objets peuvent redonner un sens aux aspects primordiaux. L’étendue de cette redéfinition sera plus ou moins limitée en fonction de la qualité à la fois des marques primordiales et des expériences ultérieures. Le concept de Nachträglichkeit (après coup) est essentiel, tout comme les caractéristiques de la mémoire, comme nous l’avons vu précédemment en nous référant à la lettre 52 de Freud ([1896] 1950).
En conclusion
Ce travail a utilisé le modèle du caractère comme aide à la compréhension des faits étudiés. Les hypothèses concernant l’irréductibilité du caractère sont spéculatives, car nous rencontrerons toujours d’autres structures plus ou moins traumatiques qui se superposent. Nous avons mis l’accent sur la manifestation des aspects primitifs à travers des comportements/sentiments qui, de manière ambivalente, cherchent à la fois à se faire transformer par l’analyste en formations symboliques plus évoluées et à capturer l’analyste pour éviter de revivre un traumatisme.
Les idées sur la mise en scène chronique et aiguë nous ont aidés à approfondir notre compréhension de certains aspects. La transformation de la mise en scène chronique en mise en scène aiguë découle de ce qui a été appelé dans d’autres textes la « fonction alpha implicite », ce qui signifie que pendant les collusions doubles, dans des domaines parallèles, l’analyste continue à travailler et, sans s’en rendre compte, recoud les trous traumatiques. Lorsqu’il y a une intuition qu’un réseau symbolique suffisant existe, le couple « lâche prise » et entre en contact avec la triangularité. Si la suture est insuffisante, la mise en scène chronique reprend pour permettre à la suture de se poursuivre.
Le processus ressemble à celui d’une personne en train de se noyer (qui n’a pas les ressources nécessaires pour nager/penser). Le sauveteur (l’analyste) permet à la personne en train de se noyer de s’accrocher à lui aussi longtemps que nécessaire, en lui insufflant confiance par ses actions, ses émotions et ses paroles. Lorsque la victime se sent suffisamment en confiance, elle peut lâcher prise pour atteindre une bouée ou demander au sauveteur de la pousser vers le rivage. Si elle est à nouveau terrifiée, elle s’accroche à nouveau au sauveteur, et ainsi de suite. Évidemment, au cours du processus, le désespoir de la victime peut se transmettre au sauveteur, et les deux peuvent se noyer. Certes, ce modèle est limité et ne rend pas compte de la complexité des situations.
À la fin de l’analyse, Sonia est restée une dame : aimable et douce, quelqu’un qui donne aux autres le sentiment d’être civilisée. Cependant, Sonia était désormais capable de gérer la souffrance et les frustrations, capable de trouver un sens à ses sentiments de persécution et de dépression. Même lorsque rêver était difficile et que Sonia se sentait désespérée, ses attaques contre l’analyste étaient empreintes d’une attention affectueuse. Cela signifie que ses traits de caractère comprenaient également des potentialités de réparation significative. Si ces traits faisaient partie de ses empreintes initiales, ils se sont également développés à travers des relations intersubjectives intimes. Ils étaient là, invisibles et inaudibles, et sont devenus présents une fois symbolisés.
Une certaine validation externe des hypothèses proposées est apparue lorsque Sonia a renoué avec une vieille amie qui, après plusieurs semaines de contact étroit, lui a dit: « Tu es tout à fait différente, mais toujours la même. »
Déclaration de divulgation
Aucun conflit d’intérêts potentiel n’a été signalé par l’auteur.
Anonymisation des patients
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